Rechercher
  • Denis Mourizard

Zoo-Logique

Mis à jour : sept. 22

Il y a deux jours, je suis allé en famille visiter le Zoo de la Barben dans le Sud de la France. À priori, je n'aime pas véritablement les zoos, ou plutôt l'idée de maintenir des animaux enfermés, et de créer autour de cela un écosystème financier. Pourtant, ce que j'y ai trouvé est allé bien au-delà de mes réticences, et j'éprouve l'envie de le partager.


Ce que je m'apprête à écrire sont des anecdotes vécues durant cette journée. Rien n'est inventé pour une quelconque cause, je tiens à l'affirmer en premier lieu. Je crois que notre humanité n'a plus besoin de l'imaginaire prédictif de certains visionnaires pour exprimer ce qu'elle est réellement. Cet article ne tient pas lieu de preuve, mais de témoignage à l'issu duquel je me permettrais de décrire mon sentiment.


Tout d'abord, le zoo de la Barben est de ces grands zoos qui ont su, je le pense, s'intégrer à la nature et au lieu qui les accueille. J'ai véritablement perçu cette volonté de préserver le lieu, tout en offrant aux animaux des espaces qui semblent correspondre à leurs besoins. Pas de constructions gigantesques faites de bétons armés et d'infrastructures pompeuses. Je ne doute point que les investissements consentis en ce lieu doivent être juste énormes, mais beaucoup d'espaces sont créés avec des infrastructures légères, et on peut imaginer que si demain le lieu devait disparaître, il retrouverait son état originel.


Je parlerais de l'humain plus tard, et plus en détail. Il y avait par contre cette jeune personne du staff du zoo et qui s'occupait seule des animations au cours de la journée. Merci à elle, et je peux dire que je veux croire en tout ce qu'elle a pu dire. Par exemple, devant Dora l'éléphant aveugle, elle nous a précisé que le Zoo organisait en Afrique des stages aux jeunes enfants des écoles pour les sensibiliser à la préservation de leurs trésors naturels. J'ai trouvé cette idée séduisante, qui ne se contente pas de demander de l'argent pour des actions dont on ne voit jamais la concrétisation. Il est bien dit par cette personne que ces actions sont menées grâce aux visites des visiteurs. J'ai trouvé cela honnête. De plus, elle nous a expliqué le programme Européen pour les EsPèces menacées (EEP). Ce programme vise à clairement maintenir un stock cohérent et juste dans les différents zoos d'Europe, en gérant les couples pour la reproduction. Très concrètement, quand on voit le nombre d'espèces quasiment éteintes sur notre planète, et présentes dans ce Zoo, on peut adoucir sa façon de penser du mal des zoos. C'est mon cas et je l'avoue sans crainte. Ce point précis est important il me semble, et je refusais peut être de le voir tel qu'il est. Changer l'humain me paraît illusoire tant qu'une volonté politique globale n'a pas vu le jour. Aujourd'hui j'ai appris qu'un éléphant était tué toutes les 20 minutes sur notre planète… J'ai pourtant l'impression d'entendre parler de la disparition des éléphants depuis ma plus tendre enfance. Alors…


Tant d'espèces sont éteintes aujourd'hui, et tant d'autres sont vouées à s'éteindre ! Cela est vrai en l'air, sous l'eau comme sur Terre. Certains humains ne comprennent pas, et d'autres ne comprendront jamais tant que l'argent régnera en Dieu dominateur sur cette planète. J'en arrive donc à ce que j'ai pu voir et qui a rempli mon coeur d'homme, mon âme d'enfant et ma joie de vivre et de croire en ce que je suis.


J'ai vu des lémuriens se faire la toilette, et j'aime à dire aussi : des câlins. J'ai ressenti la vérité, l'acte profond de l'animal envers un congénère. J'ai vu ce spectacle à de nombreuses occasions sur le parc, avec les tigres (deux soeurs qui jouaient, et qui se câlinaient comme deux gros chats, vraiment), je l'ai vu aussi avec les léopards.


J'ai vu un bébé singe sur le dos de sa maman, collé comme un sparadrap sur une peau sèche. Il était de la couleur exacte de la mère, et cette maman-là scrutait l'environnement, ne quittait pas les "humains" du coin de l'oeil, prête à filer bon train se cacher au premier cri inapproprié. C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé lorsque des enfants ont crié…


J'ai vu une éléphante aveugle trouver sa nourriture avec sa trompe alors que sa vue est nulle. Je l'ai vue balayer le sol, et j'ai vu la précision de cet organe massif et lourd… Alors que la demoiselle qui parlait au micro lui lançait pommes, carottes, et croquettes spéciales pour éléphant, Dora enroulait sa trompe au sol pour cueillir des poignées de sable dont elle se recouvrait le corps. Se guidant probablement à l'odeur des aliments, mais aussi au contact, elle se saisissait d'une minuscule carotte avec une précision effarante, sans jamais manquer son coup… Puis il y a eu ce moment magique où j'ai vu le pied de Dora se poser sur une carotte. Cet éléphant de 5 tonnes aurait pu tout simplement faire de la purée de carotte en une fraction de seconde… Mais non ! Le pied a senti la carotte et ne s'est pas posé dessus. Il s'est reculé, Dora s'est reculée, et c'est une fois de plus sans hésiter le moins du monde qu'elle a saisit cette carotte pour la porter à sa bouche. Je l'ai vue déloger une pomme coincée entre deux rochers, et je le répète, sans y voir quoi que ce soit. Cela lui a pris quelques minutes à peine pour sentir, chercher, trouver, déloger, et finalement manger cette pomme. Et puis Dora partage, elle partage avec les oiseaux ! La demoiselle nous a expliqué que parfois Dora avait faim, et que ces jours là, nul ni personne n'avait le droit de toucher à sa nourriture. Parfois Dora partage, et alors elle laisse une pomme au milieu des autres, aux oiseaux venus picorer. L'histoire de Dora est bien plus longue, mais je préfère laisser le suspens vous conduire à elle.




J'ai vu aussi des choses moins drôles, comme l'un des tout derniers tigres blancs de la planète. Un jeune mâle survivant, et accompagné de deux femelles. J'ai appris qu'il n'en existait plus aucun à l'état sauvage, parce que l'homme a voulu faire des vêtements, ou faire des photos, ou tout simplement paraître fort et grand.


J'ai vu des parents crier sur leurs enfants, et bien que cela puisse sortir du cadre de cette visite, je tiens à l'écrire, car cela a fait partie de ma journée. En ce lieu de calme naturel, l'humain circule comme à ses habitudes. On y voit des enfants heureux, qui courent et qui bien souvent sont rattrapés par des parents effrayés. Tant d'animaux sauvages autour…


Ainsi, pêle-mêle, j'ai entendu sans aucun voyeurisme (pas besoin de ça tant les gens parlent fort à leurs enfants) :

  • "Viens ici, tu n’approches pas c'est dangereux !"

  • "Si tu continues, tu n'auras pas de cadeaux à ton anniversaire"

  • "Ne t'éloigne pas !"

  • "Ne grimpe pas aux arbres !"

  • "Sois-sage !"

  • "Tu vois, le tigre est le plus grand prédateur de l'homme"

  • "T'approche pas ça pue !"

J'ai vu des gifles et des fessées. Puis il y a eu cette scène où une enfant de 10 ans à peine disait à sa maman : "Dis maman, tu pourrais aller tuer le tigre pour me faire une peluche ?". Je suis resté figé, mon sang s'est glacé… Et la maman de répondre : "Maman voudrait bien, mais tu sais c'est interdit !". Je me suis demandé dans quel monde je vis ? Un monde où une enfant de 10 ans veut tuer un animal qu'elle vient d'observer durant près d'un quart d'heure en s'exclamant "il est beau maman, tu as vu ses dents ?". Un monde où une maman dit à son enfant qu'elle aurait pu aller tuer cet animal pour lui faire une peluche, au lieu d'expliquer calmement que si cet animal est ici en vie, c'est parce que des hommes et des femmes ont tué tous ses congénères, pour faire des manteaux. Évidemment, ce que voient les yeux dans un zoo est assorti à ce qu'entendent les oreilles… Il me fallait faire avec.


Plus tard, à la fin de la visite, dans le parc des léopards, là où nous nous sommes extasiés devant le fait que cet animal courait à 115 km/h, parcourant plus de 7 m par foulée, et qu'en une seconde il est capable de faire 4 foulées, j'ai vécu un autre truc. Je précise d'ailleurs que Usain Bolt, en comparaison, au cours de son record du monde a établi des foulées de 2,71 m (de mémoire)… Bref, ces léopards qui probablement ne courront jamais à cette vitesse de dingue étaient là, devant nous, sortant de leurs fourrés pour nous offrir la joie de les voir. Ils se sont couchés devant le troupeau d'humains amassé devant les grillages, à manifester leur ébahissement. La joie était palpable, la tension également tant ces animaux sont puissants, et graciles à la fois. Un couple de deux s'est allongé et à commencé à se lécher, tandis qu'un humain plus heureux que les autres leur a lancé une pierre… Je n'ai pu m'empêcher de crier, au risque d'en recevoir une moi-même. Je me suis finalement contenté de recevoir le regard menaçant et silencieux de l'athlète en question. Peu m'importe finalement, l'animal n'a pas reçu la pierre, et je constate seulement que la présence de panneaux tout au long du parcours, sur lesquels sont écrit en gros "Ne pas jeter de pierres", a non seulement une raison d'être, en plus de ne servir à rien pour certains.


Ma visite s'est achevée quelque part autour des suricates, ces petits animaux qui vivent en groupes solidaires. J'ai vu le guetteur dont vous voyez la photo, et les galeries nombreuses qui offrent une très courte chance de se sauver à ces proies du Monde sauvage. J'ai kiffé mon âme d'enfant, recevant l'un deux s'allonger tout au-devant de moi, soit pour m'offrir ce plaisir, soit pour prendre le soleil quelques instants en dehors de toute anxiété liée au danger.


De cette journée de rêve qu'ai-je retenu ? Des animaux magnifiques. Des comportements quasi humains chez eux, ou en tout cas d'une profonde logique, une si profonde logique que je m'en demanderais désormais, et jusqu'à ma mort, comme l'homme n'a pas su voir cela… J'ai vu beaucoup d'amour, un amour naturel chez ces animaux. J'ai vu la force en certains d'entre eux, mais une force contrôlée, comme chez cette éléphante, ou chez ces deux tigresses qui se dressaient sur leurs deux pattes arrière pour se percuter, dans le jeu et la joie animale. J'ai vu des singes jouer à se courir après, j'ai vu des lamas regarder le monde des humains d'un air hautain, et pourtant en paix, pas farouches pour un sou.


En bref, j'ai vu des animaux enfermés, montrant et exprimant une paix et un naturel dont je ne sais vraiment pas quoi penser. Merci à ceux qui ont oeuvré pour qu'en ces lieux ces animaux puissent manger, dormir et se reproduire. Merci surtout pour le fait qu'un tigre puisse venir voir des enfants au travers d'une vitre blindée, pour les regarder quelques instants, sans qu'aucune dent ne soit dévoilée par une babine mal contrôlée… Non, d'agressivité je n'ai pas vu chez ces animaux. AUCUNE. De la curiosité j'en ai vu beaucoup, à chaque coin du zoo, chez les humains, comme chez les animaux. Du côté de l'humanité présente, j'ai vu cette curiosité chez les enfants majoritairement, et aussi chez des adultes, et des parents, je veux le dire. J'ai vu des enfants curieux des animaux, mais aussi joueurs dans la nature, avec les arbres, les rochers, les chutes d'eau. J'ai entendu des enfants dire à de nombreuses reprises "Maman, Papa j'en veux un !", et les parents répondre "C'est interdit d'en acheter". Mais dans cette humanité présente, j'ai aussi vu la peur et ses effets. J'ai vu des adultes soumis à leurs clichés devant les lamas, craintifs de ses éventuels crachas… Peut-être que certains avaient trop lu Tintin au Tibet… J'ai vu des adultes en colère après leurs enfants, seulement en raison de la peur de les voir dévorés par un lion. J'ai entendu des parents aveugles et enfermés dans leurs peurs. J'ai entendu le résultat des interdits, ceux qui interdisent de tuer un animal ou de le vendre, interdits qui à eux seuls motivent la réponse donnée aux enfants qui eux, ne savent pas encore. Que ne savent-ils pas encore ? Que c'est en raison du vouloir pour Soi que les humains ont détruit leur planète et sa faune.


On veut un tigre comme on veut un iPhone, et si on pense encore que l'argent ne peut pas tout acheter, peut-être est-il temps de se rendre à l'évidence : un éléphant est tué toutes les 20 minutes, des lions le sont aussi, des tigres, des singes (pour la recherche cosmétique), des baleines, bref… Je me rappelle d'un dessin animé "Nemo" le petit poisson clown qui a conduit à la quasi destruction de l'espèce, parce que du moment qu'ils étaient vendus dans des magasins, ils étaient achetés pour faire plaisir. Nous pourrions bien être amenés un jour à nous contenter des zoos pour voir ces espèces menacées, à moins que ce ne soit déjà le cas. Ce serait oublier leur utilité dans l'écosystème naturel, utilité qui dans un Zoo, se résume à deux choses : la survie d'un écosystème financier. Parce que pour l'idée de rendre ces animaux à la liberté, nous n'en sommes pas encore là.


Pour résumer, j'ai vu des animaux enfermés vivre leur vie librement, sans se préoccuper des humains qui eux, tout en étant libres, restent enfermés dans leur vie, leurs peurs et leurs attachements.

Merci à vous pour votre lecture et votre conscience.

Denis Mourizard

30 vues