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  • Denis Mourizard

Polyéthique

Mis à jour : sept. 22

J’ai connu les règnes de François Mitterrand, et les manifestations qui allaient avec. J’ai connu les règnes de Jacques Chirac, et les manifestations qui allaient avec, et sa réélection qui, miraculeusement, l’a fait passer du statut de fainéant à celui de sauveur. J’ai connu le mandat contesté de Nicolas Sarkozy, et la grogne qui allait avec, une grogne montante qui n’a fait que croitre en cinq années. J’ai connu l’élection de François Hollande, et les manifestations qui allaient avec. Enfin, j’ai connu l’élection d’Emmanuel Macron, et les manifestations qui vont avec.

De tout cela je m’interroge. Gauche, droite, puis re-gauche, et ce que l’on veut appeler le centre, à défaut de l’appeler sans bord (donc sans limites) se sont donc partagé le pouvoir durant près de quarante ans. À chaque époque ses manifestations, et l’on voudrait croire qu’elles ne viennent toujours que des mêmes contestataires… À moins que l’on croit qu’elles ne viennent finalement que des opposants aux pouvoirs en place… Dans les deux cas, c’est facile, ça ne coûte rien, et surtout ça permet la perpétuation de l’image d’un peuple réfractaire et jamais content.


Je reste tout de même à m’interroger. Je m’interroge sur des histoires toutes simples, comme celle-ci : Jacques Chirac a été premier ministre de François Mitterrand, et élu politiquement pour « l’alternance », il était logiquement attendu pour insuffler une autre politique, différente. Ce mot, alternance, qui le désire ? Cette alternance, est-ce un besoin intellectuel du peuple dans son intégralité, ou un besoin économique et politique ?


Parce que oui, qu’on le veuille, ou non, Jacques Chirac a bien été premier ministre de François Mitterrand. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy a aussi été ministre de Jacques Chirac. Ministre de l’économie si je ne m’abuse. Il a détenu les clés « économiques » d’un pays qui durant son mandat, n’a pas vu sa dette baisser. Là, le jeu du compagnonnage semble s’interrompre un temps, avec l’élection d’un François Hollande dont on ne sait trop d’où il est sorti, à part d’une sombre histoire d’hôtel aux amériques. Pourtant, nous avons bien élu l’ex mari de l’opposante de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal.


Royale passation de pouvoir qui aboutit alors à la nomination du symptomatique Emmanuel Macron comme ministre de l’économie de François Hollande. François Hollande, ce président « mou », soutenu durant l’élection par un Jacques Chirac dont le principal reproche dont il fût l’objet était d’être resté cloitré à l’Élysée, et donc d’avoir été « mou », vient de la Corrèze, fief de son aîné de député/Président.


Revenons quelques instants sur un homme totalement inconnu car jamais élu avant son placement comme ministre de l'intérieur : Emmanuel Macron. Cet homme était vu dès 2014 par un certain Jacques Attali, qui dit avoir mis le pied à l'étrier à des "jeunes", le voyait déjà présidentiable. Fait inédit dans notre république, car jamais cela ne s'était produit avant. Jamais un président n'avait atteint le graal politique sans être passé par les cases préalables, Mairie, ou chambre des députés. Attali a dit présidentiable (A), il a été président.


Je m’interroge donc sur la colère des français qui ont si longtemps fustigé la politique économique de François Hollande, le grand poète aux petites phrases à l’attention des sans dents. Ces petites phrases dont se délectent les journalistes qui déjà, partaient à la chasse aux petites phrases et aux bons mots sous le règne de François Mitterrand, lors de l’ascension annuelle de la roche de Solutré ont fait long feu. Revenons en à nos soit disant « moutons ».


Chassé d’un pouvoir qu’il dût abandonner, François Hollande a mené une politique économique qui n’était aucunement en lien avec ses paroles, mais de cela, les français sont habitués. Ils ont pu être séduits par le passé, comme par exemple avec la diminution de l’impôt sur les successions par Sarkozy, mais ils ont quasiment toujours été bernés par la suite, comme par exemple avec le retrait immédiat de cette mesure par Hollande. Pourtant, la politique économique de François Hollande était portée par Emmanuel Macron. Pendant cinq longues années, la politique sociale et économique de Hollande a été portée par celui qui sera élu à la suite : Emmanuel Macron. Comment ? 15 ans après, de nouveau Le Pen, la fille cette fois-ci, appella par sa seule présence, le peuple à ériger son adversaire en sauveur, comme Chirac en son temps. Je me rappelle les éditorialistes de 2002, affirmer que Le Pen avait profité de la campagne « très à droite » de Jacques Chirac.*


Je m’interroge donc sur le rôle de Sarkozy dans l’élection de 2017, avec une campagne aussi « très à droite », au point que Alain Juppé devienne l’un de ses principaux opposants. Il n’aura échappé à personne que récemment cet homme a quitté les rangs de la droite pour rejoindre officiellement ceux de Macron. Il n’aura échappé à personne les « petites phrases » de soutien du candidat Sarkozy : “Avec l'âge, je suis devenu modeste : Macron, c'est moi en mieux” affirmait en 2017 Nicolas Sarkozy**. Il n’aura également échappé à personne que Sarkozy n’aura pas manqué de répondre à la demande de représentation de son successeur, en Géorgie.***


Cette campagne très à droite prend ainsi des allures de blietzkrieg (guerre éclair) pour les hommes politiques français de droite (Chirac, Sarkozy, et Macron en son temps), une stratégie politique qui joue sur la peur de l'autre et qui a maintenu le pouvoir autoritaire en place depuis les années Mitterand. Finalement, et pour résumer, comme en 2002, en 2007 une droite a glissé vers sa droite pour renforcer l’extrême droite. Qu’en a t’il résulté ? Le placement de divers hommes de droite dans le gouvernement, et l'opaque influence de celui qui s’est vu refuser sa réélection (Sarkozy).


Je m’interroge enfin sur cette dernière phrase. Le peuple (qui fait l’objet actuellement de tant d’interprétations), a t’il réellement refusé la réélection de Nicolas Sarkozy ? Ce même peuple a t’il vraiment désiré François Hollande ? De la même manière, a t’il réellement voulu Emmanuel Macron ? Je peux aller plus loin encore : le peuple veut-il la fin des privilèges et des petits arrangements entre amis, ou veut-il la fin des violences sans cesse grandissantes depuis le soulèvement des gilets jaunes ? À moins qu’il ne veuille tout à la fois…

* https://www.youtube.com/watch?v=0Vm2SyP9t5M

** https://www.capital.fr/economie-politique/nicolas-sarkozy-derriere-les-annonces-demmanuel-macron-1319532

*** https://www.20minutes.fr/politique/2398579-20181218-georgie-emmanuel-macron-envoye-nicolas-sarkozy-representer-investiture-presidente

A) https://www.youtube.com/watch?v=UdWD1A3mumc

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