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  • Denis Mourizard

Le mensonge

Le mensonge est toujours un songe, une illusion, une vue de l’esprit. Bien souvent, on assimile le songe à un rêve, et ici, le rêve ment. Le mensonge est un jeu humain, et exclusivement humain. Aucune autre espèce sur cette planète ne sais même ce qu’est le mensonge. Les animaux, les arbres, les micro-organismes, aucun d’eux ne s’amuse à mentir.


Le mensonge est comme tout, il y a le petit mensonge qui ne fait de mal à personne, et il y a le mensonge qui détruit des vies. Certains ont construit des guerres sur le mensonge. Le niveau de toxicité du mensonge n’est tributaire que de la seule analyse de l’être qui le juge, et de personne d’autre. Cela peut être celui qui le produit, et qui estime ce faisant s’il doit ou pas s’abandonner à son propre mensonge. Cela peut être celui qui en est la victime, et qui estime ce faisant le niveau de la réaction qu’il va lui opposer. Tout cela n’est que le produit de l’humain. L’humain ment, et l’humain juge le mensonge. En réalité, un mensonge reste un mensonge, quelle que soit sa nature.


Le mensonge n’est pas naturel, le mensonge est mental. Le mental humain est capable de bien des prouesses, et il peut être regrettable que dans ce cas précis, l’humain se différencie ainsi du reste de la création. La nature ne ment jamais, en vérité. La nature n'est que ce qu’elle fait, et rien d'autre. L’homme parfois ne fait pas ce qu’il dit, et ne dit pas ce qu’il fait, c’est ainsi que va l’humanité. L’homme à inventé le mensonge, et l’a porté au rang des arts, contre lui-même, mais aussi pour lui-même. Ainsi, on trouvera le mensonge utile, le mensonge plaisant, et le mensonge pernicieux. La trinité du mensonge, en quelque sorte…


D’autres parleront de pieux mensonge, de mensonge pédagogique, ou de mensonge de politesse, prouvant ainsi les nombreux visages que peut prendre le même jeu. Ne dit-on pas que le Diable a tous les visages ?


Il y a toujours une bonne raison de mentir, pour celui qui ment. On a vite fait de construire une vie sur le mensonge, et le mensonge est un peu comme l’alcool, ou la cigarette. On commence par un verre, ou une blonde, puis un autre, puis une autre, et à chaque dose supplémentaire on se construit un avenir de dépendant. On peut devenir dépendant au mensonge, et l’humanité est peut-être dépendante de cela aujourd’hui. Tant de gens vivent dans le mensonge, en eux-mêmes, dans leur famille, dans leur travail, dans leurs actes politiques, dans leurs manipulations financières ou tout simplement dans leurs consciences.


Alors pour évacuer l’idée que le Monde pourrait vivre sans le mensonge, posons tout de suite le mensonge de survie. Parce que parfois la vérité peut engendrer des morts, des douleurs ou des problèmes, mieux vaut ne pas la dire. Pour cela l’homme a inventé la justice, censée être capable de faire triompher la vérité. Parfois la vérité sauve des vies, parfois c’est le mensonge. Malgré tout, cela reste un mensonge, pieux, utile, mais un mensonge quand même. Peut-être est-ce là la preuve que le mal peut aussi servir le bien…

Néanmoins, les notions de bien et de mal restent soumises elles-aussi au jugement humain. Chacun estime en lui-même ce qui est bien de ce qui est mal. Les nazis croyaient en leurs mensonges, pensant servir une cause qui leur semblaient juste, et l’humanité pleure depuis cette réalité. Souvent le menteur croit en son mensonge, et cela est le plus terrible.Car dans ce Monde, nombreux sont ceux à croire en leurs mensonges, soutenus par leur mental qui imagine qu'ils est justifié de mentir pour protéger. Celui qui ment devient donc celui qui prétend sauver, et sa gouvernance, qu'elle soit en lui-même ou projetée dans le monde autour de lui, est assise sur le mensonge. Je vois derrière cela l'idée d'un démon prénommé du mensonge, à l'image de Belial qui se glisse sous la conscience pure pour venir la souiller. Le plus bel attrait du démon n'est-il pas la tromperie ? Paraître aux yeux de tous comme celui qui est le bien, car on s'en est convaincu soi-même porte à s'interroger...


Prenons l'exemple de celui qui, en cette période trouble de Covid-19, répond à des élans intérieurs de générosité en imaginant un concept "international" pour distribuer des masques à tous les nécessiteux. Quelle merveilleuse idée que voilà : solliciter toutes les bonnes âmes du quartier pour coudre chez soi des masques, puis les regrouper. Utiliser son réseau pour faire ainsi partout ailleurs, en Europe et dans le Monde. Informer les médias pour faire rayonner l'idée humaniste qui a germé en nous, et qui nous a permis aussi de surfer sur la vague de la réalité, pour rayonner d'une aura qui appelle à toutes les admirations. Voilà l'idée qui bien souvent conduit à la frustration, ceux qui sont utilisés à de tels dessins et dont on entendra jamais parler, mais aussi ceux qui peut-être ne verront jamais les masques qu'on leur avait pourtant promis. Nous nous rappelons tous les millions d'euros promis pour la réfection de la cathédrale Notre Dame de Paris, et dont plus personne n'a entendu parler ensuite. Ce cortèges de grandes fortunes venues au chevet de l'édifice ésotérique majeur de la France (sans le dire, bien entendu), et pour se montrer sous les feux de la générosité. Je ne doute point que ces gens-là, riches ou moins riches, mais aussi et pourquoi pas, les pauvres, croient en ce qu'ils disent et promettent... Le mensonge est partout, et parfois même se cache si bien qu'il peut manipuler la personne à l'intérieur d'elle-même, lorsqu'elle est coupée de la vérité de son coeur.

Lorsque le mental s'adonne à la bonté, il ne peut que soudoyer la vérité.

Il existe une autre forme de mensonge, bien plus violente, car invisible. Le mensonge est verbal, le mensonge sort de la bouche de l’homme, et parfois se manifeste par ses actes. Ce que nous avons parfois du mal à voir, ce sont les mensonges silencieux. C’est dans le silence que le mensonge est le plus pernicieux, lorsqu’il ne peut être annoncé ou entendu.


Le mensonge silencieux est ce que l’on peut appeler la dissimulation. Quand un acte est dissimulé, c’est habituellement en raison de la conscience profonde de celui qui cache, que ses actes à venir seront désapprouvés. Alors il cache ses actes. S’exprime alors le vice absolu du mental manipulateur. Ce mensonge silencieux, sans bruit, caché, permet d’exprimer le mensonge dans la vérité. Certains politiques usent et abusent de cela, mais pas qu’eux…


Il faut moins de pauvres ici ! Quelle grande vérité que voilà, visible aux yeux de tous, et qui n’engage surtout pas celui qui la prononce. S’il venait même à s’engager à réduire la pauvreté, et qu’il agisse en ce sens, est-ce que cela prouverait qu’il n’agit pas dans le silence pour la produire également ? Ce qui est caché transforme toujours la vérité en mensonge, le mensonge transforme l’or en plomb.


Celui qui ment en se cachant derrière l’idée que toute vérité n’est pas bonne à dire détourne l’énergie du Monde pour son seul et unique profit. Depuis des siècles le mensonge gagne du terrain. Le mensonge est partout, tout le temps. On va gronder l’enfant qui ment, et réélire le politique qui a menti… Comment cela est possible ? Est-ce le pardon qui est à l’origine de cela ? On pardonne un enfant, alors nous devrions pardonner à l’adulte ? Certes. Oui. Chacun déterminera le nombre de pardons successifs qui reste acceptable…


Le mensonge reste le mensonge, et le silence est l’arme de manipulation du mensonge. Le mensonge est partout, au coin du café du village, sous les draps, au bureau, à la Mairie, dans les campagnes (surtout politiques). Un petit mensonge ne mange pas de pain, mais il dessèche. Le mensonge dessèche la confiance. La vérité vient du coeur, le mensonge du mental. La vérité passe par les yeux, le mensonge fait baisser ou lever les yeux. Celui qui ment regarde ses chaussures, et parfois regarde le ciel, comme pour chercher en son cerveau les bons mots qui feront mouche et illusion. Certains sont passés maîtres dans l’art du mensonge, et même ceux, porteurs de vérité, ont perverti cette notion, comme les médias qui en même temps propagent le mensonge et cachent la vérité. Au sein même de certaines familles la même chose se produit : le silence de l’omerta pilote aux destinées du mensonge éternel ! Que faut-il donc penser de ces innombrables cas de promotion du mensonge, comme la fête des voisins, la messe du dimanche, où à chaque fois on « oublie » un temps toutes les médisances du reste de l’année ou de la semaine ? Si la vérité vient du coeur, elle touche le coeur. Ecouter son coeur réagir aux paroles de l’autre est un outil d’une infinie puissance pour déterminer le vrai du faux. Les services de Police ont construits de machines pour faire cela, mais croyez-moi, votre coeur suffit. Plonger dans les yeux de l’autre et écouter son coeur suffit à déceler la quasi totalité des mensonges du Monde.


La nature a bien fait les choses, car elle a doté l’être humain d’un détecteur de mensonges, ce qui semble évident car elle l’a aussi doté d’un mental capable de le produire. Le coeur est en quelque sorte l’antidote du virus, car le mensonge est bien un virus : il se propage comme une trainée de poudre. Il suffit qu’un média lâche un mensonge, une vérité amputée, morcelée, ou transformée, et immédiatement le virus se propage dans la société. Qu’un tel soit accusé de viol, il devient instantanément un violeur, qu’une telle soit accusée d’inceste, elle devient instantanément incestueuse… Plus aucune limite n’est possible avec le mensonge comme fondation, tout devient possible, y compris l’horreur la plus absolue. Les médias propagent des informations et les complètent avec des photos « d’illustration », de belles images qui frappent les esprits pour lustrer l’illusion, jusqu’à en faire oublier le mensonge des mots. Parfois, les images sont bien dans le contexte, mais totalement hors contexte spatio/temporel. Le mensonge est partout, tout le temps, y compris dans les petits détails. Les preuves sont ces petits détails auxquels on ne s’attache plus, en raison de la peur grandissante.


Quand on vit coupé de la vérité, on vit coupé du coeur, et on vit dans la peur.

On a peur de l’autre, et de ses réactions. On a peur de notre vérité, et de ce que l’autre va en penser. On a peur d’être abandonné par celui qu’on aime, on a peur d’être tué par celui qu’on voit à la télé, on a peur d’être agressé par le voisin, par l’inconnu, par celui dont on nous parle, et qui bien entendu existe, quelque part. On peut vivre dans la peur sans se rendre compte que tout ce dont nous avons peur n’existe pas dans nos vies. On se couche avec sa femme ou son mari tous les soirs, on s’embrasse et on se fait l’amour. On s’occupe de ses enfants, on les emmène à l’école et on va les chercher le soir, on les fait goûter, on les amuse. On sort le week end, et tout cela sans voir le moindre terroriste, sans subir d’autre agression que celle des médias qui injectent la peur dans le coeur du plus grand nombre. Il faudrait ne pas lire dans ces mots un quelconque déni des réalités que sont les attentats, les crimes et autres réalités. Cela serait alors mentir sur les faits : les mots qui se déroulent ici parlent de proportion, et de réalité. Il est un fait que parfois le destin nous tombe dessus, et en allant voir un concert au Bataclan on rencontre la faucheuse. Il existe des hommes qui n’ont rien d’humain, et ceux-là tuent. La question que je me pose à ce stade est la suivante : dans chacun des drames que vit notre société, quelle est la part du mensonge qui en est à l’origine, et quels mensonges ont pris forme par la suite ?


Peut-être que le mensonge pourrait perdre un peu d’emprise dans le Monde de demain. Peut-être que chacun d’entre-nous pourrait simplement s’interroger sur la question, pour soi-même. Il n’y a pas de petit mensonge, et même en acceptant de donner corps au mensonge utile, on pourrait se demander s’il est toujours vraiment utile de mentir.


Peut-être que les peuples du Monde pourraient s’interroger sur les suites à donner aux mensonges de leurs dirigeants, mais aussi à ce qu’ils ne disent pas, qui est aussi mensonge.


Peut-être que les hommes et les femmes d’aujourd’hui pourraient apprendre à leurs enfants à détecter le mensonge dans la société, dans leurs rapports aux autres, et à soi-même. Car en vérité, quand on ne se ment plus à soi-même, on ne ment plus aux autres. Quand on s’astreint à la vérité en assumant la lutte parfois difficile qu’engendre cette astreinte, alors on perçoit de mieux en mieux le mensonge en soi, et donc en l’autre.


Un Monde fait de vérité reste une utopie, comme un Monde sans famine, comme un Monde sans pollution, comme un Monde sans destructions ou un Monde sans peur. Pour toutes ces utopies, c’est la vérité en chacun qui peut instaurer un meilleur équilibre global, changer son Monde intérieur, pour changer le Monde extérieur… Un Monde mieux équilibré entre mensonge et vérité serait plus facile à vivre, vraiment.

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