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  • Denis Mourizard

L'information

Mis à jour : sept. 22

L’information est partout. Tout est information, y compris ce qui est informe. Ce qui est audible est informe, ce que l’oreille entend est sans forme. Cela ne peut pas être touché, ni palpé, l’information pénètre la matière pour aller directement toucher le mental. L’information est partout, dans ce que l’on touche, dans ce que l’on voit, dans ce que l’on sent, et dans ce que l’on entend. D’ailleurs, certains allument la télévision pour écouter les informations, et donc s’informer. L’information forme la pensée de celui qui la reçoit. Ainsi, lorsque la nature nous crée une montagne, elle y associe une image. Cette image que l’on voit nous donne une information : la montagne est haute ! Il va falloir des heures pour la gravir, voire des jours… L’information est partout, tout le temps.


Voilà introduit le sujet de ce texte : l’information, son utilité mais aussi ses risques. Notre Monde est fait d’une multitude de couches d’informations. L’information se crée et se propage. L’odeur des fleurs est une information olfactive qui se propage par les courants d’air. La victoire de l’équipe de France de football est une information qui se propage par les médias. Tout est information, mais toutes sont différentes. Elles sont différentes de plusieurs façons, elles le sont par rapport au filtre d’interprétation de la personne qui les reçoit, mais elles le sont également en fonction de la façon dont elles se propagent, et de ce qui les propage, ou les transforment. L’information peut donc être modifiée et interprétée de mille façons différentes.


Prenons notre odeur de fleurs, et admettons que certains aiment l’odeur musquée et d’autres la détestent. Ce n’est ici qu’une information, mais elle n’a pas le même effet sur l’un et sur l’autre.

Prenons à présent notre équipe de football, et sa victoire. Une victoire est une victoire, la nature même de l’information ne peut pas être changée, ce serait mentir. Passée par tel média, cette victoire sera traitée d’une façon, disons qu’elle sera encensée, utilisée pour porter l’équipe victorieuse au rang de grande équipe. A l’information d’origine, une autre information a été apportée, qui elle, vient amplifier l’importance de la première : l’équipe a gagné parce qu’elle est vraiment la meilleure. Cette même information peut également passer par un autre média, qui lui nuancera la victoire. L’équipe a gagné, mais elle avait peu de répondant en face, son adversaire était le dernier du classement, et il n’y a donc pas de quoi s’enorgueillir de cette victoire.


La même information passée dans deux filtres différents devient donc deux informations qui à la base semblent les mêmes, mais qui ne le sont pas. Continuons notre chemin et notre petite information qui fait sa route. Deux amateurs de foot viennent à discuter de cette victoire, un qui supporte le gagnant, et un qui supporte le perdant. Tous deux viennent à échauffer leur esprit très rapidement, puisque l’un défend le brio de son équipe, tandis que l’autre justifie la victoire par le peu de forme de la sienne. Tous deux se battent sur la forme, et non sur le fond. Le fond est l’information de base : la victoire. Peut-on discuter une victoire ? Y a t’il vraiment nécessité de le faire ? Indéfiniment, l’information se forme et se déforme.


Notre monde a permis le développement et la propagation de l’information, jusqu’à atteindre un point jamais atteint dans l’humanité. L’internet s’est en même temps imposé comme un extraordinaire vecteur d’information en même temps qu’une extraordinaire machine à déformer. Les médias traditionnels n’ont eu d’autre choix que de s’accrocher au phénomène du web, pour accélérer leur propre temps. Le temps est ici une notion importante, puisque le journaliste doit aujourd’hui transmettre une information aussi vite que possible. Transmettre l’information ne suffit plus, il faut être le premier à la transmettre. Ainsi la distinction est faite avec le concurrent. Faute d’avoir pu la transmettre le premier, reste la possibilité d’offrir une autre interprétation de cette information, de sorte à quand même devenir le premier à la transmettre, cette information déformée. Déformer une information est si facile, et si complexe à la fois. Ainsi, si nous revenons à notre équipe de foot :


Nous aurons à la base l’information suivante :


« L’équipe X a remporté la rencontre sur le score de un but à zéro. »


Puis d’autres déclinaisons :

« L’équipe X n’a laissé aucune chance à son adversaire. Elle emporte la victoire sur le score sans appel de un but à zéro, confortant ainsi sa place de leader du classement. »

« L’équipe X a péniblement remporté son match contre la lanterne rouge (le dernier du classement). L’équipe Y a résisté avec brio aux assauts du leader, lequel n’a pas été à la hauteur des attentes de ses supporters. »


L’information est informe, et ce qui lui donne forme est l’interprétation que l’on en fait, d’une part, et l’acceptation que l’on en a, d’autre part. Plus l’information porte de potentiel, plus elle est sujette à modifications. On peut donc ainsi inonder le Monde d’informations, en les multipliant à l’infini. Ce qui pourrait être une information simple peut alors devenir un véritable tissu complexe et impossible à comprendre.

À quoi sert l’information ?

L’information est partout, et tout est information. Toute information est utile, tant qu’elle n’est pas utilisée à d’autres profits. Ainsi, la victoire de notre équipe de foot peut-être utile à celui qui spécule aux jeux sportifs, car son gain financier sera la matérialisation de l’information, de la même façon que le serait la perte. L’information est utile lorsqu’elle permet de donner une forme dans la matière, et d’aider la personne qui la reçoit. Arrêtons nous quelques instants à cette notion d’utilité, et projetons là à ce que nous vivons aujourd’hui. Combien d’informations sont réellement utiles dans notre vie de tous les jours ? Combien d’informations peuvent changer nos vies dans le futur, et combien change notre vie dans le présent ?


Que produit l’information ?

L’information n’est plus libre de nos jours. Elle est bien souvent conditionnée par la volonté de son émetteur. Idéalement, le transmetteur n’a vocation qu’à transmettre l’information. La commenter n’est pas sa fonction, le commentateur a cette fonction. Le transmetteur peut être motivé par la pression du « scoop », ou par d’autres types de pressions. L’information peut conditionner celui qui la reçoit, et d’une façon très simple : la répétition.


Il y a celui qui informe, et celui qui veut être informé. L’informé reçoit l’information, parfois il va la chercher, et souvent il ne fait même pas ce chemin. La publicité sur les bus, sur les murs et les façades, les chaines d’info radio et télévisées, elle est partout et tout le temps. L’information produit chez le récepteur l’émotion qu’elle véhicule. Ainsi, pour revenir équipe de foot, l’information de la victoire peut produire de la colère ou de la satisfaction selon le récepteur qui la reçoit, et c’est maintenant que les choses se compliquent. Le supporter de l’équipe gagnante devrait logiquement être satisfait de la victoire annoncée. Ceci dit, que peut produire l’information chez lui l’information suivante ?


« L’équipe X a péniblement remporté son match contre la lanterne rouge (le dernier du classement). L’équipe Y a résisté avec brio aux assauts du leader, lequel n’a pas été à la hauteur des attentes de ses supporters. »


Nous voyons ici les couches successives apposées sur la donnée initiale (la victoire). Les mots sont ici importants. Pour ce qui concerne l’équipe X, les mots suivants ont été choisis : péniblement, pas à la hauteur. Pour l’équipe qui a perdu, les mots suivant ont été choisis : a résisté avec brio. Le résultat d’un tel traitement de l’information peut tout à fait produire une inversion émotionnelle : le supporter de l’équipe qui gagne peut être finalement en colère, et celui de l’équipe qui perd peut être finalement satisfait.


Cette réalité qui préside actuellement dans le monde de l’information touche absolument tous les domaines. C’est pour cette raison qu’actuellement bien des humains ont perdu leurs repères car l’information qui nous pénètre est empreinte de la volonté de celui qui la produit.


Que faire de l’information ?

L’information n’a de sens que si elle permet la création de quelque chose d’utile. Apprendre qu’il va pleuvoir demain peut être utile pour prévoir un parapluie dans ses affaires. Apprendre qu’il va pleuvoir et que cela fait trois semaines que cela dure et qu’il y a des risques d’inondations qui pourront être potentiellement dramatiques ne sert qu’a amplifier un état d’anxiété. Concrètement, cela ne nous sert à rien, vu que ce qui tombe du ciel n’en sera pas empêché… S’il y a demain des inondations, aidons-nous les uns les autres et jusqu’alors pourquoi stresser ? On ne peut faire de l’information que ce qu’elle permet de faire, et dans le cas que je cite, elle ne peut être utile que si elle est fiable. Si l’information nous dit l’inondation va avoir lieu sans aucun doute possible et que nous sommes concernés, alors on prend des mesures. Comme on le fait avec le parapluie. Si l’information nous dit « il pleut depuis des jours et cela peut engendrer des inondations, la forme qui est ici créée n’est qu’un vecteur d’anxiété. La fiabilité d’une information dépend du niveau de vérification qu’elle a engendré avant d’être transmise. C’est pour cette raison qu’il peut être important d’inscrire ici ce que signe chacun des journalistes qui agissent en tant que tels :

Déclaration des devoirs

Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :

1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;

2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;

3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents ;

4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;

5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;

6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;

7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement ;

8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ;

9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs ;

10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.


Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

Extrait de la charte du journaliste.


Je laisse à chacun la liberté de juger en lui et pour lui la nature de chacune des informations qu’il reçoit, qu’elle provienne d’une source journalistique ou non. Ce qui est censé être appliqué par les journalistes (notez le mot censé) peut être aussi appliqué par celui qui reçoit une information, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit. Ainsi, juger une information parce que celui qui la donne est étiqueté, ou qu’il est jugé avant d’avoir été entendu est un raccourci qui une fois de plus nous prive de notre capacité de discernement. Il ne s’agit donc pas ici de montrer du doigt tous les journalistes. Appliquer les devoirs du journaliste est devenu extrêmement difficile de nos jours. Nombreux sont ceux à rester inaudibles et invisibles en s’attachant à respecter leur engagement… Pour autant, et malgré que chaque journaliste ait obligation à signer cette déclaration, ce qui est dit par la télévision, la radio ou la presse, mais encore plus sur internet, ne peut être pris pour vérité avant d’avoir été confronté à une vérification par soi-même. Dès lors qu’une information est délivrée de plusieurs façons différentes, on peut avoir tendance à penser qu’elle est inexacte. Pourtant, qu’elle soit relayée de la même façon par tous les médias ne signifie par pour autant qu’elle soit plus exacte. Pour ceux qui sont en âge de se rappeler la catastrophe de Tchernobyl, je rappelle que tous les médias ont relayé le fait que le nuage radioactif s’était arrêté aux frontières de la France. Cette information qui est donnée ici est vérifiable, mais laquelle ? Peut-on vérifier que le nuage s’est effectivement arrêté ? Ou peut-on vérifier que tous les médias l’ont ainsi transmise ? Vérifier une information n’a de sens que si l’information nous est utile…


Ainsi l’information déroulée ici sera utile à certains, et inutile à d’autres. Certains seront venus la chercher, et d’autres l’auront vue arriver à eux sans l’avoir demandée. Chacun est censé être libre de recevoir l’information dont il a besoin, chacun doit pouvoir construire « sa » propre vérité. Construire n’est possible qu’à partir du moment où tous les éléments sont rassemblés. On n’imaginerait pas construire une maison sans toit, et encore moins sans les murs pour le porter, pas plus qu’une voiture sans roues. Quelle information est délivrée ici ? En deux mots : rester souverain. Face à l’inondation de l’information, rester maître de son émotionnel devient essentiel. Ne plus se laisser envahir par les multiples formes de cette information informe et tentaculaire, mais au contraire s’arrêter au fond. Ainsi le fond redevient plus simple, et par là même plus utile. Les formes qui en découlent et qui ne sont qu’interprétations ou manipulations ne servent que ceux qui en fond volontairement oublier le fond en détournant l’attention.

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